Le 6 avril dernier, je circulais au volant de mon mastodonte bleu en longeant la rivière Saguenay. Les glaces de ce dur hiver venaient de fuir avec le courant comme à tous les printemps d’avril. Abasourdi, je visualisais le torrent inerte et rougi, on aurait dit, en lente agonie. Au fait, j’avais entendu le matin une nouvelle de la radio locale : « voilà que les glaces parties, la rivière est toute teinte de rouge ». J’imaginais une section restreinte du cours d’eau, et bien détrompez-vous. La boue diluée se retrouvait tout le long de la rive, côté sud, large de trente mètres, inerte. Je ne pouvais, visuellement, déterminer jusqu’où elle se rendait en aval. Néanmoins, je devinais la provenance de cette couleur de rouille même si la nouvelle n’en faisait mention. Plus tard, je lisais en après-midi un communiqué émis par radio-canada à 15 :36 puis à Canoé* à 17:18 et qui disait ceci : « De la boue rouge a été déversée tôt ce matin » et bla bla bla. Je ne retiendrai que les mots, tôt ce matin. Vendredi 13, sept jours suivant la présence anodine de cette teinture rougeâtre, je lis dans mon journal local que 49 tonnes de boue se serait déversé dans la rivière par un bris de tuyau de huit pouces. Je suis aussi consterné par la réaction du Ministère de l’environnement. Rapidement le 6, on admettait l’impact minime et maintenant, le 13** ; « Les éléments d'information qu'on a recueillis depuis le début de l'événement nous laissent croire qu'il pourrait y avoir une infraction reliée au déversement. C'est ce qui a motivé notre décision de mettre le dossier sous enquête ». L’incohérence du Ministère est flagrante à mon avis et sa réaction, d’un rouge gênant. L’on ouvre une enquête suite à une infraction possible, et bien. De plus, les glaces hivernales se seraient détachées deux jours plus tard que personne ne se seraient aperçu des 49 tonnes dispersées.